[Nicolas Bienvenu]

 

Nicolas a débuté au théâtre en 1993 avec ses propres pièces, Le rêve était presque parfait puis Ça sent le faisan à la cour, deux comédies qui voient le jour au théâtre du Tourtour.

De 1997 à 2000, il collabore activement à deux émissions de télévision de France 2 DKTV (7 d'or de la meilleure émission jeunesse) et Rince ta baignoire où il évolue en tant qu’auteur, comédien, voix et réalisateur. Il s’essaye ensuite à l’animation avec C’est toujours l’été puis officie aux côtés de Michel Drucker dans Les Rendez-vous du dimanche soir, sur France 3. Remarqué par ces multiples talents, on lui propose alors de faire le rewriting de Hang Time, une série de France 2 de 15 épisodes et signe également les lancements des Princesses du cirque sur France 3.

Il fait ensuite la rencontre d’Eric Delcourt avec qui il collabore sur de nombreux projets notamment pour le théâtre avec La Sœur du grec et Hors piste. Il participe également en tant que comédien à de nombreuses fictions comme Commissaire Valence et Clem sur TF1, Samantha oups sur France 2 et La Grande Inondation sur Canal+. Il tourne également pour le cinéma aux côtés de Benoît Poelvoorde dans Les Deux Mondes de Daniel Cohen.

"La façon de se protéger de Dorothée, c’est d’être entourée d’un petit comité de personnes qui s’occupent de tout. Il y avait quelqu'un qui allait la chercher le matin pour venir tourner, qui la ramenait le soir. Elle était complètement prise en charge par AB Productions. Les gens étaient à sa disposition...

Moi, depuis, je n’ai jamais retrouvé d’équipe aussi carrée que chez AB Productions. C’était incroyable. C’était une machine de guerre en terme d’efficacité, composée de gens sympathiques, extrêmement motivés, professionnels et vraiment, rien que pour ça, c’était agréable d’y travailler. Il y avait tout ce qu’il faut pour que ça dépote et que ça fonctionne réellement. C’est un point important… Dorothée était, certes, dans un cocon professionnel. Mais elle avait quand même la pression. Si ça n’avait plus fonctionné, on aurait alors considéré que c’était Dorothée qui ne marchait plus, et non AB.

Dorothée a une personnalité tellement à part que l’on y adhère ou pas. Si oui, on pardonne des détails, justement. Par exemple, Do n’est pas quelqu’un d’extrêmement expressif et cela ne peut pas plaire à tout le monde. <d’ailleurs, si vous regardez toutes les interviews qu’elle a faits, celles-ci sont toujours pleines de réponses très courtes. Mais on y trouve plein de sensibilité.  Dorothée est capable de vous dire, quand vous lui rappelez un souvenir fort de sa vie : « ah non, je ne veux pas le voir. Je ne veux pas en entendre parler… » Elle va être très dure, parce que, si elle le voit, elle va avoir les larmes aux yeux. Il est difficile de dire du mal de Dorothée, dans la mesure où peu la connaisse vraiment, même après avoir eu une vrai rencontre avec elle.

On lui reprochait d’abrutir les enfants avec des séries japonaises. Vous avez vu ce qu’il y a aujourd’hui ? Maintenant on tape plutôt dans les séries, où il y a moins de violence, mais où il y a un attrait pour la sexualité qui est beaucoup plus présent, et qui prend d’autres proportions que Albator ou Goldorak. Tout ça, pour moi, c’était encore une façon de dire : « ça marche, donc on va attaquer ». Dorothée ne prenait pas les enfants pour des abrutis. <elle est extrêmement sincère. D’ailleurs, je crois que c’est ce qui paie. Les enfants ne sont pas des imbéciles. Ils sont instinctifs et ressentent les choses. Le concept qui avait été trouvé marchait très bien, Et, comme ça fonctionnait, il y avait des journalistes en mal de ventes qui se sont fait plaisir…

Dorothée ne prêtait pas attention à tout ce qui se disait à l’extérieur.  Elle entendait, mais elle ne relevait pas.

Les tournées, c’était un rythme effréné. Dorothée jouait le soir dans une ville. Ensuite, nous dormions dans un hôtel juste après le spectacle après avoir mangé et nous être couchés tard. Le lendemain matin, c’était reparti en bus dans une autre ville. Et parfois, même, nous enchaînions juste après le concert. S’il n’y avait pas d’hôtel, ou s’il y avait une distance pas trop importante, nous repartions directement pour aller prendre un hôtel dans la ville suivante, où avait lieu le spectacle du lendemain. C’est speed et éprouvant. Pendant ces tournées, Dorothée avait toujours un mot sympa pour tout le monde. Toujours ses petites vannes à droite, à gauche, pour mettre un peu de piment. Mais elle n’avait pas un positionnement de taulière, pour autant. Elle était également très proche de ses choristes, les fléchettes, notamment Francine qui est très bien, tout comme Martine, qui, elle, est, un personnage plus réservé. Le truc particulier, c’est que nous vivions alors totalement déconnectés de la réalité, en autarcie. Là, nous étions une vraie bande, une vraie famille. Pour le coup, nous concentrions tous notre énergie pour la même chose : le spectacle du soir.  L’envie de chacun faisait que, dès qu’il y en avait un qui était un peu fatigué ou qui ne se sentait pas au top, tout le monde s’occupait de lui. Nous étions une vraie famille, une caravane, un esprit de troupe et de troubadours. Le rythme était très dense mais, en même temps, quand ça s’est arrêté, chacun de nous a été triste de ne plus faire partie de cette famille. C’était très particulier.

Dorothée est un peu un personnage intouchable. Elle était vraiment entourée d’une petite équipe très proche, qui faisait tampon avec les autres. Il y avait évidemment jean Luc Azoulay, Pat Le Guen et puis Jean Bigot. Mais c’est normal. Elle ne pouvait pas être disponible pour tout le monde non plus. En revanche, quand on peut partager un moment d’humanité, Dorothée est pleine d’humanité. Autrement , elle ne se serait jamais livrée à moi. Elle a senti qu’elle pouvait avoir confiance et c’est pour ça qu’on a eu cette discussion au Japon, qui m’a marqué parce qu’on se connaissait depuis peu de temps, finalement. Je pense qu’elle est sensible et qu’elle sait à qui elle peut accorder son estime. De sa vie privée, rien ne filtre. Ses proches, Jean Bigot et Pat Le Guen, ne décrocheraient pas un mot là-dessus. On ne peut pas accéder à ce genre d’informations.

Je me souviens que nous avions fait un tour du monde avec Dorothée pour les tournages. Nous sommes partis ensemble, ce qui a été pour moi l’occasion de faire connaissance avec la personne humaine, cachée derrière Dorothée l’animatrice. J’ai découvert quelqu’un qui est d’une très grande sensibilité, qui parle par des petites phrases qui percutent souvent. Dorothée est un personnage qui ne s’étale pas, qui a beaucoup de pudeur. Un soir on avait dîné avec Jean Luc, Pat Le Guen et Ariane, et Do est venue taper à ma chambre. Elle m’a dit : « Ca va ? Je peux venir boire un verre dans ta chambre ? » J’ai accepté, avec plaisir. Et j’ai parlé avec elle, longuement. Ce qui démontre qu’elle n’était pas un personnage hautain, sinon elle ne se serait pas mélangée avec le « petit personnel » et n’aurait pas parlé avec un coiffeur. Ca a été très touchant, cette soirée, parce qu’elle s’était un peu livrée, sur sa vie, sur ce qu’elle envisageait pour l’après… Ca m’a beaucoup touché. Je pense que j’ai eu, à ce moment-là, une vrai relation particulière avec elle, très proche et, depuis, j’ai un vrai profond respect pour cette femme.

Je me souviens que Dorothée cultivait bien le grinçant. C’est-à-dire qu’elle balançait une vanne et, libre à celui qui la prenait, de savoir si c’était de l’humour ou si c’était sincère. Ca, c’était son truc assez quotidien. Moi, elle me regardait avec des yeux pour dire « Je t’aime » et elle me disait : « Je ne peux pas te blairer. T’es qu’un con ». C’est pour ça je vous dis qu’on adhère à sa personnalité ou pas. Dorothée ne dira pas, comme ça « Je t’aime bien, T’es sympa » Ou, alors, elle ne va rien vous dire et vous faire un petit truc sur la joue, vous caresser la tête en passant, ou juste vous faire un clin d’œil. Avec ça, vous pouvez comprendre qu’elle a une bonne estime de vous.

J’ai recroisé Dorothée plusieurs fois par la suite, elle avait vu une pièce de  dans laquelle j’avais joué. Plus tard, quand je suis devenu comédien et auteur dans DKTV, une émission pour enfants sur France 2, on s’est rencontrés chez un ami. C’était peu de temps après que ça se fut arrêté pour elle. Alors que je faisais de l’antenne, elle m’a dit : « Oui… j’ai vu le truc. Bon, j’ai vu un sketch. Pas terrible, hein ! » Je me suis dit que c’était de la provocation de Dorothée, car c’est comme ça qu’elle communique. En même temps, je me suis dit que ça voulait dire : « Je souffre. Je ne suis pas jalouse de toi, évidemment, mais je souffre ». Je pense que c’est difficile, quand on a bossé autant de temps, comme ça, à la télévision et dans ce type d’émissions, avec ce parcours incroyable et que, d’un coup, ça s’arrête. Que faire après ? C’est juste humain. On n’est pas vraiment au contact de ce genre de personnalité atypique. Ne serait-ce que parce qu’elle a consacré sa vie à un tel métier et qu’elle a sans cesse été entourée de gens, ça n’a pas dû être évident de se retrouver toute seule. Même si je ne suis pas assez intime avec elle pour savoir ce qu’elle ressentait, malgré tout, je peux le deviner..."

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