[Les confidences de Dorothée]

 

Télétop - 2005

 

Elle se taisait depuis huit ans. Pour télétop, l’ex-star des enfants sort de son silence. Et nous parle de ses désirs de retour.

Durant vingt ans, elle a été la reine des émissions jeunesse. A la tête de « Récré A2″ puis du « Club Dorothée », Dorothée a accompagné des générations d’enfants au pays des séries japonaises. C’est elle qui la première, a invité « Goldorak » puis « Candy » dans notre salon. Flanquée de sa bande, les inséparables Jacky, Ariane et le guitariste Corbier, l’animatrice chantait aussi. Elle a d’ailleurs fait salle comble à Bercy, devant 15 000 fans, au début des années nonante. Dans la foulée, l’icône des gosses a également lancé Hélène Rollès, l’égérie du feuilleton « Hélène et les garçons ». Mais en 1997, TF1 l’a remerciée froidement. Officiellement, il fallait rajeunir l’image de la chaîne. Si Hélène Rollès a fait surface dans « Première compagnie » sur TF1, Dorothée, 52 ans, vit aujourd’hui totalement dans l’ombre. Mais on l’a retrouvée. La voix légèrement voilée, elle se livre avec enthousiasme.

Selon un récent sondage, vous êtes une des anciennes vedettes de la télé que les téléspectateurs veulent revoir. N’est-ce pas un tremplin pour revenir ?
C’est comme un grand coup dans l’estomac ! J’ai été sincèrement émue. Quand je fais mes courses, des fans, qui ont bien grandi, m’encouragent à me bouger. Bien sûr que j’aimerais revenir à la télé, mais pas n’importe comment. J’attends la bonne opportunité, le déclic

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Que voulez-vous dire ?
Cela peut être une participation dans une dramatique ou une émission. Mais comme j’ai tellement refusé de choses, les producteurs se sont lassés et ne téléphonent plus (elle rit). Mais je suis optimiste, et un peu naïve : un jour je reviendrai, car tout bouge dans ce métier. Ce n’est qu’un éternel recommencement.

Qu’avez-vous fait pendant ces huit ans ?
Je continue à avoir un poste de conseillère chez JLA Productions où j’ai un bureau. Autrement, je passe mon temps dans ma maison en Normandie. Je peins, rien de réaliste, plutôt de l’abstrait. Je jardine et m’occupe de mon chien « Ortie ». Je m’amuse à faire des collages de coquillages sur des miroirs. Et puis j’ai une collection de canards dans tous les matériaux possibles.

 

Vous avez dû accuser le coup après avoir été évincée.
(Silence.) Moi j’adorais ce que je faisais, j’aurais pu continuer pendant des années. J’ai suivi le cours de ma vie. Je n’ai ni rancœur ni regret. Ça a été fait, on ne revient pas en arrière. Mais je n’oublie pas.

On vous a remplacée par des personnages en 3D pour présenter les dessins animés, qu’en pensez-vous ?
Je ne voulais pas d’un enchaînement de dessins animés sans présence humaine. Je me suis bagarrée pour ça. Je pense qu’il est vital d’avoir un être de chair et de sang pour que les gosses fassent une différence entre imaginaire et réalité. Il faut leur remettre les pieds sur terre. J’étais la grande soeur, la bonne copine. Mais attention, je ne voulais pas faire de l’éducatif et remplacer l’école ou les parents.

Vous auriez bien aimé reprendre le rôle de « L’instit’ ». Déçue de ne pas avoir été retenue ?
Oui, je me voyais bien dans la peau de ce personnage. J’avais même tourné un essai. Je l’aurais interprété différemment de Gérard Klein, d’abord parce que je suis une femme. J’aurais mis l’accent sur le côté maternel. Cela m’aurait plu d’aborder de vrais problèmes de société.

Finalement, c’est Laurence Boccolini qui l’a emporté avec « Mademoiselle Joubert », qu’en pensez-vous ?
Ah, c’est elle, je n’étais pas au courant. Mais j’y crois : elle peut faire une bonne instit’, avec son côté bougon et son coeur gros comme ça.

 

Pourquoi ne vous voit-on pas sur les plateaux, de quoi avez-vous peur ?
Je reviendrai quand j’aurai un projet concret. J’ai été invitée, notamment, par Mireille Dumas. Mais parler de soi, c’est fatigant, insupportable. On retrouve Dorothée en direct, et alors ? Je suis timide et pudique, et je ne saurais pas répondre à des questions qui tournent à la vulgarité comme chez Ardisson ou Fogiel. J’ai même été invitée à participer à "La ferme", mais je préfère la regarder depuis mon canapé. Et entre nous, j’ai la trouille des vaches !

La télévision, c’était votre rêve depuis toujours ?
Non, c’est vraiment le hasard des rencontres. Je suis fille d’ingénieur et je faisais un concours de théâtre quand Jacqueline Joubert m’a remarquée. Quand j’étais petite, je rêvais de danser avec Fred Astaire ! Et je voulais devenir égyptologue.

Que pensez-vous des émissions jeunesse actuelles ?
Je les trouve moins dynamiques qu’avant. Les animateurs y croient et le font bien, mais ils n’ont pas la chance d’avoir des producteurs fous, comme moi avec Jean-Luc Azoulay et Claude Berda, d’AB Productions. Quand j’ai amené les dessins animés japonais, tels « Goldorak » ou « Dragon Ball Z », ils ont pris le pari. On m’a critiquée pour ces choix, mais maintenant ce sont des séries cultes.

 


Êtes-vous encore entourée d’enfants ?
Oui, je suis trois fois marraine. Avec les deux grands, qui ont 18 et 21 ans, nous discutons beaucoup. Mais avec le petit bonhomme de 4 mois, on chante.

Gardez-vous des liens avec vos anciens compagnons de route, Jacky, Ariane ou Hélène Rollès ?
Bien sûr. On a tellement de souvenirs ensemble, on ne peut pas oublier ce qu’on a partagé. D’ailleurs, si je reviens à la télé, j’aimerais le faire avec mon équipe. Mais ça ne ferait pas un peu anciens combattants ?

Avez-vous peur de vieillir ?
Mais j’ai toujours 4 ans ! Comment voulez-vous que j’aie peur de vieillir quand je n’ai pas encore grandi ? (Elle rit.) Le seul regret que j’ai, c’est de n’avoir pas assez consacré de temps à ma famille, maintenant je me rattrape.

Anne-Catherine Renaud

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