[L’usine Dorothée tourne à plein rendement]

 

TV Magazine - 1988

La fusée Dorothée est mise sur orbite. Pour la fin de l’année, la chanteuse qui a conquis le coeur de milliers de petits Français sera au Zénith jusqu’au 18 décembre et elle assurera en même temps ses émissions habituelles sur TF1. Le secret de ce tour de ce force : un très grand professionnalisme, une discipline de fer et le secours d’une véritable entreprise de spectacles dont la vedette est le P.DG

Sa vie ressemble à une course-poursuite comme on en voit dans les dessins animés. Le genre « Titi et gros minet » ou « Tom et Jerry ». Avec son joli minois de petite souris, notre Dorothée passe sa vie à courir. Pas après les oiseaux ou les lapins, mais tout simplement après le temps. Même pendant son passage au Zénith, elle assure ses émissions télévisées habituelles : vingt-deux heures d’antenne par semaine. Un record !

Star d’une jeunesse « Golodrak-laser », « deuxième mère » de tous les enfants de France, Dorothée avoue modestement douze à quinze heures de travail par jour. « C’est très bien ainsi, commente-t-elle. Je ne suis pas une grand travailleuse, et sans toutes mes obligations quotidiennes, je ne ferais pas grand chose et je resterais au lit comme une marmotte. »

On a tout de même du mal à croire que ce tout petit bout de femme (35 ans, 1, 58m, 46 kilos) n’aime pas le travail. Dorothée porte en effet plusieurs casquettes. Et fièrement ! D’abord celle de productrice et animatrice de ses émissions. Ensuite de directrice de l’unité jeunesse de TF1 (elle discute directement avec la direction, ce qui facilite bien des choses). Enfin, celle de chanteuse. Une carrière menée de main de maître, bâtie à grands coups de tubes.

Vive la fête

Sur la scène du Zénith jusqu’au 18 décembre puis en tournée dans toute la France, Dorothée chante, danse et joue. Au programme de son tout nouveau spectacle, moins de sketches qu’il y a deux ans, mais plus de chansons (au total près de trente tirées de son nouvel album), plus de danse (elle est accompagnée de huit danseurs et deux choristes) et surtout beaucoup de magie grâce au talent des « Musclés », un orchestre qui décoiffe.

Encore une nouveauté, les horaires des spectacles : pas d’après-midi mais uniquement des soirées à 20h30. « Lorsque j’étais petite, j’adorais aller au cinéma. Lorsqu’on en sortait il faisait nuit. C’était une sorte de fête, faire comme les grands, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai choisi des horaires plus tardifs. Afin que mon spectacle soit une véritable fête pour toute la famille. »

La preuve est faite en tout cas que Dorothée le supporte très bien, ce sacré travail. « C’est vrai, mais il ne faut pas oublier que je ne suis pas toute seule dans cette entreprise, se défend-elle. Il y a derrière moi près d’une centaine de personnes qui me soutiennent en permanence. Dix auteurs se creusent la tête pour inventer de nouveaux sketches, quinze décorateurs, cinquante techniciens et presque autant d’administratifs pour dépouiller le courrier (7.000 à 8.000 lettres par jour) et assurer mes sacro-saintes relations publiques… »

Bref, une véritable petite usine qui tourne jour et nuit au service d’une femme et de millions de fans avides de nouveautés. « C’est vrai, en France, cela peut paraître démesuré. Mais de telles structures existent déjà dans les autres pays d’Europe. Quant aux États-Unis, n’en parlons pas… Nous avons près de vingt ans de retard sur les Américains, en création et en émissions. »

Pour combler ce grand vide, Dorothée met les bouchées doubles. « Travailler comme je le fais implique une discipline de vie très stricte. Le matin, je me lève entre cinq et six heures. » Sauf le week-end qu’elle passe dans la charmante demeure de sa mère à Bourg-la-Reine. Une tartine, un thé, et déjà Jean-Pierre, le chauffeur, avance la limousine. Une Cadillac Séville bleu nuit, du dernier chic (« Do » refuse de conduire dans la semaine. Le week-end, au calme, elle se sert de sa petite Santana rose bonbon.)

Sept heures. Arrivée à TF1. Le travail commence. Maquillage, coiffure, déguisements, répétitions sur le plateau. Une mise en scène, une prise de vues. Les haut-parleurs de la régie crachottent. « C’est bon… On la garde… »
Onze heures. Retour aux sièges cuir de sa Cadillac. Pas de téléphone dans la belle américaine de Dorothée. « Dans les embouteilles, j’écoute la radio, je lis la presse. Je dois être au courant de ce qui se passe dans le monde, car certains de nos sketches sont directement inspirés de l’actualité. » Jean-Pierre gare la voiture devant les studios d’AB Production, à La Plaine-Saint-Denis. « C’est ma maison de disques. J’y répète toutes mes chansons et les chorégraphies de tout mon spectacle. » Enregistrements, play-back, mixages. Il est midi. Pause. Repas. Dorothée grignotte un gâteau sec, boit une tasse de thé avec comme seul accompagnement une Benson and Hedges, bout doré.

 

Mickey, Pif et Jacky

Dorothée retrouve ses premières amours. Après avoir collaboré avec les productions Disney sur A2, « S.V.P. Disney », l’animatrice vedette de TF1 aura à partir de janvier la mission de faire entrer dans les foyers français Mickey, la souris la plus connue du monde. Trois jours par semaine, mercredi, samedi et dimanche matin, le Club Disney succédera donc au Club Dorothée.

Nouveauté également, à la rentrée, on pourra voir au cours de son émission un dessin animé, « Pif et Hercule », tiré de la célèbre bande dessinée. Côté animateurs, pas de changements. Que les fans de Jacky se rassurent ! Le compère n°1 de Dorothée sera toujours là, avec à ses côtés Patrick Simpson-Jones et toute l’équipe habituelle.

Après-midi, retour à TF1. « Le jour le plus chargé est évidemment le mercredi. Nous tenons l’antenne tout l’après-midi pendant quatre heures en direct. »

Les séries succèdent aux dessins animés. Les sketches aux jeux. Dix-huit heures. On lève un peu le pied, pas longtemps. Il faut relancer la machine Dorothée pour préparer les émissions de samedi et celles du dimanche avec le célèbre « Pas de pitié pour les croissants. »

Enfin, la fin de la journée se profile au bout des studios. « Que je termine les séances de travail très tard ou un peu plus tôt, je suis coutumière du coucher à quatre heures du matin… » Pour aujourd’hui, c’est terminé. Il est tard. Dorothée n’arrive pas à dormir. « Dans ces cas-là, je lis ou je regarde la télévision, j’ai en général beaucoup de mal à trouver le sommeil… » Dans un appartement de la porte Maillot, la lumière vient de s’éteindre. Demain, le réveil de Dorothée va encore une fois inaugurer une nouvelle journée : dès huit heures, des millions d’enfants seront heureux.

François Tauriac

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