[David Krampz]

 

David Krampz est comédien.

Il a participé à plusieurs reprises aux seconds rôles farfelus des séries AB et même du Club Dorothée.

Il raconte.

Peux-tu déjà nous raconter ton parcours, celui qui t'as conduit dans les locaux d'AB Productions ?

 

Petit déjà, je dessinais, ce qui m'encourageais à “raconter des histoires” via des bandes dessinées.

A la fin de mon adolescence, dans la rue, c'est à cause d'un “look” différent et excentrique, que l'on me proposa de figurer dans un film, première expérience au cinéma qui m'avait fasciné. Par la suite, j'ai pris des cours de théâtre et me suis tracé un avenir comme comédien. J'écrivais des pièces de théâtre, quelques vains scenarios.

Puis je fis la connaissance d'un agent qui m'envoya passer un casting chez AB Broadcast. On me proposa un petit rôle dans “premier baiser”, une seule réplique. Mais à la condition “d'oublier” mon agent, ce qui n'était pas correct ; mais j'avais 20 ans, c'était l'un de mes premiers petits rôles “à la télé” et j'avais besoin d'argent. J'ai accepté. J'ai fait mes preuves. Ils me proposeront ensuite plusieurs rôles de plus en plus importants pour d'autres séries et un “Club Do”. J'ai gardé plusieurs bons souvenirs de cette époque.

 

 

Tu as joué dans "Le miracle de l'amour", peux-tu nous expliquer la journée typique d'un comédien chez AB ?

 

C'était il y'a 20 ans... Sourire... Et j'avais 20 ans. Je ne devais pas faire comme les autres assurément. Le temps n'a rien changé à cela.

Mais je me souviens d'une chose à propos des scénarios. Je me faisais toujours avoir. Tu reçois un scénario quelques jours avant, chez toi, par un livreur. Mais sur place, le jour du tournage, il y'avait toujours des surprises. Lors du “miracle de l'amour” par exemple, après que je m'aperçoive que les répliques avaient encore été modifiées, que mon scénar était donc de ce fait périmé, j'ai dû changer de rôle en l'espace de quelques instants. Je suis passé, d'un épisode aux autres, d'un simple loubard (épisode 121) au chef des loubards (épisodes 122 et 123). J'ai donc dû apprendre un nouveau texte sur place, scène par scène, sans coach, pendant les répétitions. Je me souviens que les comédiens principaux de la série étaient dévoués et m'avaient beaucoup aidés.

 

En tant que Guest, pouvais tu facilement parler aux rôles principaux ?

 

J'ai toujours eu un contact facile avec les gens. Mais une mémoire défaillante. De plus, je n'ai jamais été vraiment arriviste alors je ne gardais que peu de contacts.

J'ai beaucoup aimé, humainement parlant, Annette Schreiber. Elle est arrivée dans le studio avec des colliers de bonbons, comme une enfant, elle les distribuait à tout le monde sur le plateau. Elle était souriante, joyeuse et de bonne humeur. Agréable, elle rayonnait.

J'entendais aussi des conneries de la bouche d'une autre actrice, sur un autre plateau, que je ne citerai pas (par oubli) qui affirmait, avec conviction, “porter de la fourrure pour ne pas que de pauvres fourreurs se retrouvent au chômage”. Une humaniste(sic), je pense.

 

As tu des anecdotes sur les comédiens et / ou techniciens de la série ?

 

Pas vraiment. Il y'avait une coiffeuse de AB avec qui j'avais sympathisé. Tout en couleur, des cheveux aux vêtements.

Je me souviens que nous avions fait la première scène de bagarre chez AB dans un épisode de “Premiers baisers”.

La maman de Camille Raymond était très sympa. Ce que l'on ne sait pas, c'est que la cantine de AB était payante. Pas chère, vraiment pas chère. Mais payante. J'avais pas un franc sur moi. J'étais un peu embêté car assez gros mangeur, bien que végétarien. La maman de Camille m'avait prêté 50 Francs, je crois, que je lui ai bien sûr rendu en fin de soirée.

A la cantine, je vois une fillette tout juste entrée dans l'adolescence, 12 ou 13 ans, qui, comme moi, n'avait pris que des frites... Et un dessert. Je l'interpelle avec humour et j'apprends qu'elle avait le même régime alimentaire que moi, malgré son jeune âge. Orpheline, elle est devenue la fille adoptive de Désiré Bastareaud.

 

Eté 96, tu participes au "Club Dorothée", te souviens-tu du rôle que tu y tenais ?

 

Oui et pourtant je n'ai encore jamais vu aucune images de cette émission. Nous n'étions jamais averti des diffusions.

J'ai été appelé deux ou trois jours avant le tournage pour interpréter un énième chef de loubards, mais cette fois-ci au “Club Do” et non dans une série. C'était nouveau.

Nous intervenions lors de l'émission, renversant les objets, jetant un figurant dans la piscine. Nous avons ligoté Ariane et Dorothée.

Mais Wonder-Woman est arrivée et nous a maitrisé à coups de ventre. Avec le recul, les émissions de Dorothée, bien qu'adressées à un public d'enfants, étaient assez gonflées...

Le tournage était sympathique, et j'ai eu un bon souvenir de Dorothée.

Elle m'a fait grandir avec Récré A2, tous les soirs, en sortant de l'école ; j'ai connu, grâce à elle, Téléchat, la linea, spectreman, san ku kaï, albator, heïdi, rémi et cobra. J'ai dansé sur “mes chaussettes à petits pois” ou encore “Hou la menteuse”. Elle savait plaire aux enfants, elle avait ce quelque chose, ce partage fondamental en elle, qui fait que les enfants apprennent d'elle, et retiennent.

 

Comment était l'ambiance générale sur le plateau ?

 

A vrai dire, tout était fait dans l'urgence, il y'avait peu de répétitions et on filmait au plus vite, pas forcément au mieux.

Mais l'équipe était sympa. Jeune. Enjouée. Beaucoup de stagiaires, pour limiter les emplois. Tout était fait à la dernière minute, et c'était difficile pour un comédien aux méthodes “classiques”.

Tu venais pour 7 répliques et tu te retrouvais à faire toutes les répliques des voyous. Alors il y'avait d'habituelles surprises.

En plein tournage, après une réplique de Dorothée, il y eut un “blanc”. Dorothée signale avec humour et sourire “le comédien doit lancer sa réplique”. J'appris rapidement que le comédien concerné c'était moi, dans le nouveau scénario, mais pas dans celui que j'avais reçu et appris. Après quelques minutes pour mettre en mémoire mes répliques de la scène, nous reprenions. Il n'y avait pas de direction d'acteurs non plus, pas d'œil extérieur pour guider les comédiens. Il arrivait que deux épisodes qui se suivent soient tournés dans la même journée.

 

Racontes nous honnêtement tes impressions personnelles sur Dorothée avant et pendant le tournage.

 

J'ai grandi avec Dorothée. Ensuite je suis devenu ado et je me suis désintéressé.

Jeune comédien, sachant que je jouerai avec elle était d'une satisfaction secrète.

A cette époque, tout le monde se déchainait contre Dorothée. Que ce soit Ségolène Royal ou je ne sais quel expert en moralisation de masse par la manipulation cérébrale médiatique, tout le monde avait une vacherie à dire à propos d'elle ou de ses émissions, de sa programmation. La veille du tournage, mon ami photographe me disait encore qu'elle était lesbienne. J'ai entendu tout ce que l'on a pu dire sur elle comme vacherie. Ca avait commencé avec une certaine jalousie envers les animations japonaises, comme quoi que “les japonais ne savaient pas dessiner des mouvements de lèvres sur des phrases complètes”. Mais en oubliant que dans ce cas-là, le problème ne venait pas des japonais mais des comédiens français qui doublaient les personnages, en plus d'une complication supplémentaire suite aux structures de phrase d'une langue à l'autre. Bref...

Ca me touchait à force, mais je n'avais pas d'avis négatif pour Dorothée. Au contraire.

Sur le plateau, elle était attentive aux autres, humaine et chaleureuse. J'ai gardé un bon souvenir d'elle.

 

Sur le plateau, comment la percevait-on ?

 

Ca je ne le sais pas. Je n'ai rien entendu à propos d'elle ce jour-là.

Mais si je me souviens bien, le tournage s'est fait “pendant” les “scandales”. Je pense que, naturellement elle devait être plus distante qu'avant.

Ce qui évite beaucoup de médisances. Bien que...

 

Lui as tu parlé personnellement ?

 

Brièvement. Principalement de façon professionnelle, pour partager des répliques.

Mais elle eut, pour moi, une belle réaction, qui m'a rassuré des doutes que je pouvais avoir à propos d'elle, et de ces rumeurs médisantes qui tournaient, ou s'écrivaient dans de mauvais journaux.

J'étais jeune. Je m'essayais à la cascade au sol et dès que je pouvais me jeter contre un mur ou un meuble, je le faisais.

Il y eut une scène avec, comme décor, une terrasse d'un quelconque commerce. Wonder-Woman devait nous mâter une première fois. A coups de ventre, toujours.

J'en ai profité pour atterrir sur une table, violement, qui s'est renversée dans un grand fracas.

Dès que le réalisateur a annoncé la fin de la prise, Dorothée fut la seule personne qui se précipita vers moi, m'appelant de mon prénom, pour s'assurer que je n'avais aucun mal. Comme une maman.

J'ai trouvé le geste noble et humain. Cela m'a certifié de la bonté profonde de cette femme.

 

Ces expériences chez AB étaient elles bien payées ?

 

Pas vraiment. Tout était fait “malhonnêtement” mais de façon légale apparemment.

J'ai entendu des histoires de contrats avec des clauses abusives. J'ai entendu de la bouche de Magalie Madison qu'elle avait négocié un contrat pour chaque épisode, afin de rester libre de tout engagement.

 

Quel statut tes contrats te donnaient-il ?

 

J'étais payé au niveau syndical, comme un comédien, mais avec un statut d'acteur de complément, c'est à dire comme “figurant”.

 

Trouves tu cela juste ?

 

Bien sur que non.

Je perdais des droits, des heures, donc de l'argent à chaque rediffusion, et je ne pouvais même pas prétendre apparaitre dans le fichier comédien de l'ANPE du spectacle.

De plus, à cette époque, pendant les castings, c'était assez mal vu de sortir de chez “AB”. Etiquetage à la française.

Mais bon, un comédien ne mange pas tous les jours à sa faim. On prend l'argent où il se gagne et tel qu'il se présente, surtout quand on est jeune. En 96, j'avais 23 ans.

C'était ma dernière expérience chez AB Broadcast.

 

Le referais tu aujourd'hui avec le recul ?

 

Bien sûr.

Sauf que depuis 20 ans j'ai eu plusieurs métiers alimentaires, et de l'expérience. Ca permet de ne pas être dépendant financièrement et de mieux comprendre les choses.

Je le referais autrement, mais je le referai. Et avec plaisir. Mais à ma manière.

 

Quelle est ton actualité ?

 

Depuis mai 2012 j'ai fais un retour sur les planches.

Je me produis gratuitement tous les 4ème jeudi de chaque mois, lors du cénacle du cygne, organisé par Marc-Louis Questin, à la Cantada II sur Paris, dans le 11ème arrondissement.

Je lis des poèmes, des textes que j'écris pour l'occasion. J'accompagne mes lectures d'un sentiment, d'une musique que j'emprunte avec le consentement “moral” de l'artiste.

Depuis peu, je m'essaye à la vidéo et accompagne mes performances d'images. Je vais aussi m'entourer de collaborateurs de milieux divers mais artistiques. Un maitre de Kinabaku, une comédienne, un poète, des musiciens, des peintres et autres artistes divers et variés.

Je traite de sujets difficiles avec finesse et poésie, parfois avec violence. Je parle d'identités décriées, de vérités réprimées...

Et apparemment ça plait. Et tant que cela plaira, je continuerai.

Je partage mes vidéos, des captations publiques, mais aussi des versions audio sur une page facebook :

https://www.facebook.com/Kz.Propaganda

J'ai un projet de bande dessinée et de roman aussi. Mais c'est une autre histoire. Chaque chose en son temps.

 

Propos recueillis par Alban Brouillard

VISITEZ AUSSI

COUVERTURE_edited_edited.png

© albanweb 2020

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now