[Dorothée : "Bioman n'est pas dangereux pour les enfants"]


Télé Poche  1988

Les parents s'interrogent sur le danger éventuel des programmes réservés à leurs enfants. Mais surtout sur la violence des dessins animés venus du Japon. Dorothée répond. Et détruit les idées reçues.

Les programmes consacrés à la jeunesse ne conviendraient pas à tout le monde. Le ministre, Catherine Tasca, ne s'est pas gêné pour le faire comprendre.
Je serais ravie de rencontrer madame Tasca. En tant que responsable de l'unité jeunesse à TF1, je regrette qu'elle ne m'ait pas contactée car je suis la principale intéressée. En tout cas, on ne doit pas me juger si mauvaise et si nocive pour les enfants puisque le Président de la République m'a demandé d'animer, cette année, l'arbre de Noël à l'Elysée. De plus, ces attaques sont indirectes. Je ne sais pas exactement ce qu'on me reproche.

La violence de certains dessins animés. Bioman, par exemple.
Il n'y a pas de violence destructive mais de l'action. Ce sont des robots qui se battent. Pas des hommes. Quand je discute avec des enfants et que je leur demande s'ils ont peur, ils me regardent l'air contrit et me disent : « Mais ce n'est qu'un dessin animé. Et en plus, c'est un robot ». Eux font tout de suite la part des choses. Je ne consdière pas les enfants comme des bouffeurs d'images. Moi, à leur âge, quand je voyais un chien faire écraser dans un dessin animé, je fondais en larmes. Sur 24 séries en tout, il y en a peu basées sur l'action : Bioman, Spielvan, Jaspion, et Ken le survivant... Bioman a été fait au Japon, sous le contrôle de psychologues et de personnes compétentes. Il a été prouvé qu'il n'était absolument pas dangereux et certainement moins traumatisant que les contes traditionnels dans lesquels les enfants sont mangés ou abandonnés.

Pourtant, certains parents se sont plaints
Une dizaine seulement ont écrit pour demander la suppression de Ken le survivant, jugé trop violent. Je l'ai retiré. Aussitôt, j'ai reçu 50 000 lettres. 97% demandaient son retour. Mais comme j'estime que la télévision doit se faire dans la démocratie, je n'ai pas négligé les 3% qui étaient contre. Nous avons conservé Ken mais Robert Réa, réalisateur et conseiller artistique, supprime les scènes trop violentes, notamment les passages où l'on voit du sang couler. Nous avons été confrontés au même problème, avec Goldorak.

Et la culture dans tout ça ?
Nous leur apportons celle que l'on acquiert dans la vie de tous les jours. Mais ce n'est pas notre rôle. Je ne remplace en aucun cas un éducateur. Encore moins les parents. C'est une place qu'on ne vole pas. Mon rôle, c'est de divertir les enfants et de leur apprendre des choses en s'amusant. Mais nous ne sommes pas pour autant des guignols. Nous ne nous adressons pas à eux dans un langage bêtifiant ou chébran. Nous ne les traitons pas comme des êtres passifs. Nous leur demandons de décider, de choisir sans arrêt. Les rubriques livre, cinéma, spectacle existent. Quand on invite le docteur Klein ou Alain Decaux, nous pensons qu'ils peuvent apporter beaucoup aux enfants. Les instituteurs écrivent, et pas pour se plaindre. Quand ils accompagnent leur cloasse sur le plateau, ils utilisent cette expérience pour des rédactions, des exercices.

22 heures de programmes à vous toute seule, c'est beaucoup. A quand le ras le bol ?
D'abord, je ne suis pas seule dans l'équipe. Une centaine de personnes travaille en permanance dans l'unité jeunesse. 10 acteurs, 50 techniciens, 10 décorateurs, sans compter le personnel administratif. Nous suivons l'avis des jeunes téléspectateurs. Nous travaillons pour eux et avec eux. Nous ne balançons pas des images pour que les parents les collent devant la télé. Nous ne faisons pas garderie. En France, il n'y a pas de chaîne de télé pour enfants. Et c'est un public qui existe, au même titre qu'un autre. Quand je ne m'amuserai plus, j'arrêterai. Je n'ai jamais triché. Je m'amuse et cela se voit.

Les Japonais nous ont envahi. Pourquoi ? Comptez-vous relancer la création française ?
C'est un réel problème. Même ce qui est étiqueté made in U.S.A. avec des héros typiquement américains sont fabriqués au Japon. Le crénau jeune a complètement été négligé en France depuis vingt ans. On peut comparer les programmes pour enfants à la hi-fi. On achète ailleurs dans ces deux domaines. Les deux seules séries françaises, « Rahan » et « Touni et Litelle », je les ai prises. TF1 a fait un effort et m'a confié un gros budget pour relancer la création. Je n'ai pas envie de mettre sur pied n'importe quoi dans le seul but de faire rempart aux critiques. Je veux que l'équipe, chargée de la création pour enfants depuis Septembre 1987, sous la responsabilité de René Borg, le créateur des Shadoks, produise des séries de qualité. Mes projets : lancer des séries de fiction d'une demi-heure. Cela prend du temps. Dans l'immédiat, je tiens à défendre et revaloriser le patrimoine français. Premier objectif : adapter la comtesse de Ségur. A la fin de 1989, on devrait pouvoir diffuser les premières séries. Mais n'oublions pas que sur 22 heures, il y a tout de même, en ce moment, un tiers de création pure.

 


Dorothée vous conseille

« Je n'impose rien, chaque enfant a une sensibilité différente »
Emissions pour tous : Les popples, Dame Bouceline, Docteur Slump, Touni et Litelle, Mon petit poney, Dragon Ball, Sablotin, Georgie, Candy, Les attaquantes, Juliette je t'aime, Galaxy Express, Tarzan, Rahan, Lamu et Cherry Miel
Emissions pour les plus grands ou les moins sensibles : Spielvan, Sabrider, Les chevaliers du zodiaque, Ken le survivant, G.I. Joe, Bioman, Jaspion, Silver Hawks

Dorothée fait sa boum au Zenith

On prend les mêmes et on recommence. Et c'est tant mieux ! Dorothée va débarquer au Zenith avec tout son petit monde. 10 musiciens, plus connus sous leur nom de scène « Les Musclés », 8 danseurs, 2 choristes. Moins de sketches que la dernière fois. Plus de chansons, 26 en tout dont une dizaine de nouvelles, extraites du nouvel album qui vient de sortir.
Mais il y a du nouveau. Pour la première fois, Dorothée donne des spectacles à 20H30. « Le spectacle est conçu pour tout le monde. C'est un vrai concert pour la famille ». C'est en province que Do s'est aperçue que les gens réclamaient des shows en soirée. « Les grands voulaient venir aussi. Et je me souviens qu'étant petite, ce qui me plaisait le plus, c'était de sortir le soir comme les grands » Dorothée jubile. « On a demandé à Jacques Rouverollys de nous faire les lumières. C'est lui qui éclaire les concerts de Sardou et Hallyday ».
En fait, on ne sait pas qui se réjouit le plus de ce spectacle. Do ou les enfants ? « Moi, je me régale. C'est comme si on faisait une sorte de boum géante. Ambiance rock'n roll et yé-yé twist. Ca va nous faire tout drôle de nous retrouver en vrai. » Dorothée a une envie folle de s'amuser. Et pour ça, elle compte beaucoup sur vous !

Interview : Isabelle Gaudon

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